Sondes Baccar · Tunisie

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Des frontières

La dance infinie des tulipes

Venez mes tulipes !
Montrez-vous de l’enclave de l’oubli.
La destinée n’est guère visible.
Nul fleuve ne s’inquiète de nous.
Venez alors tenter toutes les issues.
Nous sommes venus des profondeurs du désert
Pour scintiller sur les hauteurs,
Non pour nous faner sur les seuils des portes.
Il y a certainement une issue qui mène au paradis
Derrière, une qui mène à l’enfer.
Cette porte est entrouverte,
Celle-là est complètement close,
Mais cette grand-ouverte est un piège pour les dupes.
J’entends un oxyde tenace
Sur les verrous,
J’entends crier
Au
Se-
-cours !
Venez mes tulipes !
Jusqu’à quand
Occupons-nous l’endroit
sans qu’il nous préoccupe ?
Jusqu’à quand enlaçons-nous le pays
alors qu’il nous rejette ?
Voici nos péchés entassés
Sur les seuils des vertiges
Nous les endossons
malédiction par malédiction.
Nous en faisons un étalage sur le trottoir de l’illusion.
Y a-t-il un acheteur ?
Y en-a-t-il ?
Rien.
Seule la question qui nous tend la langue.
Nous sommes seuls
À chanceler sur les rives de l’abattement
Nous halons le chagrin
Aux denses félicités.
Mais rien,
Mais rien ne va à notre rencontre
Sauf le visage insolent du néant.

Les chagrins de la rose

Chaque fois que je me rappelle la rose
Je lève la tête,
Les environs se teintent de pourpre
Les carnets des poètes sont de plus en plus vierges.
Pourquoi serait-ce ?
Parce que je suis la rose.
Mon visage est une plaie fascinante.
Ma silhouette : un incendie.
Mes doigts : aussi purs que le marbre.
Si je veux,
J’incendie cette civilisation /forêt
Je l’épargne des saisons de discordes,
De la tuerie et de la tristesse.
Si je veux
Je me propagerai autant des étincelles
Dans les chaumes du temps.
Je mène la danse
autour de mon feu, joyeuse
Comme une tempête errante,
Une tempête cherchant la béatitude
dans l’écriture.
Si je veux,
J’émets un rayon de mes paupières,
J’unifie la passion et le feu de la colère
Pour séduire mes poèmes reportés.
Je suis la rose, on ne doute pas de ma souffrance.
Je me réveille sur le hurlement
De ma descendance en pays d’Orient.
Je m’endors assiégée de moulins mensongers,
Je me retourne toute la nuit entourée de pansements
Que j’ai appelés une fois : « mon linceul »,
Une autrefois : « ma robe ».
Parfois, je les hisse sur mon balcon comme un voile.
Je prends le large de mes larmes
Vers les rivages de la révolte.
Je navigue vers les arbustes oliviers
Soutenant les âmes de leurs cœurs
Face au char.
Je prends le large vers les palmiers
Nourrissant de patience
Les lionceaux arabes.
Autant que le siège se rétrécisse
Leur noblesse augmente
Et leur endurance.
Je prends le large en solitaire
Alors que les morts dorment.
J’enlace mes chagrins,
Je sème l’espoir.
Mon corps est un rivage
Je couvre mon enfant et mon pays
D’un nuage de tendresse.
Moi, rose, je m’assoupie
Livide et fanée.
Comment ne serait-ce… alors que l’âme est meurtrie ?
Comment je ne me fanerais pas
Par ce temps où la charogne se balade librement ?
Comment ne pas être vile
Alors que les funérailles défilent
Depuis l’aube de notre émergence
des montagnes des décombres ?
Oui je suis la rose ?
Mais mon miroir ne reflète que l’image d’une femme
Qui éparpille ses chagrins
À des montagnes de paroles
Pour pousser ce qu’il en reste des complaintes de l’âme.
Baghdâd
Non !!!!!!!!!!
Baghdâd
Non !!!!!!!!!!

 

Traduit de l’Arabe par Abdelmajid Youssef